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Quand une Québécoise muséomixe à Grenoble – [Témoignage]

Témoignage de Marie-Christine Bédard du Musée de la civilisation, Québec

Il y a quelques mois, je savais peu de choses de Muséomix. J’avais lu quelques articles, échangé un peu avec les collègues de mon Musée qui souhaitaient organiser un Muséomix à Québec et visionné les témoignages des Muséomix précédents.

Je suivais avec intérêt ce projet un peu fou et emballant en me disant que si l’aventure se confirmait à Québec je ne manquerais pas d’y participer. En octobre, je pose donc ma candidature pour Muséomix Québec. Et j’apprends quelques jours plus tard que je suis choisie, non pas pour Québec, mais pour Grenoble! Me voilà donc partie pour le Musée dauphinois.

Vendredi 8 novembre, je débarque là avec une centaine de muséomixeurs et d’organisateurs. Dès que j’ouvre la bouche, je suis repérée : « Il y a une Québécoise parmi nous! ».

Le Musée dauphinois a tout mis en œuvre pour nous accueillir. Je suis impressionnée de voir un lieu muséal ainsi transformé: fablab, tech room, mix room, salle de travail, cantine, plateau télé, etc. Une première visite des lieux nous permet de découvrir un très beau bâtiment patrimonial.

En effet, le Musée est logé dans le monastère de Sainte-Marie d’en-Haut. Ce bâtiment qui surplombe la ville de Grenoble fut bâti au 17e siècle pour accueillir les religieuses de l’ordre de la Visitation. Nos rencontres plénières se tiennent dans le chœur des religieuses, près de la chapelle. Pour prendre l’air, nous déambulons dans les jardins et admirons la vue imprenable sur la ville de Grenoble. Plutôt inspirant pour créer!

Nous apprivoisons rapidement les lieux et la machine se met en marche. Pas de temps à perdre, dans trois jours des centaines de visiteurs viendront tester nos prototypes! Alors on fait quoi? On s’organise, on se trouve un projet et une équipe au plus vite. Entre un projet pour expérimenter le ski, une cabane du berger pour découvrir les contes et un homme sauvage, mon cœur balance. Sans grande surprise, la Québécoise qui a mené plusieurs projets sur le conte dans son musée se greffe à l’équipe de la cabane.

Et là, le vrai défi commence : passer d’une belle idée, une cabane du berger, à un vrai projet réalisable en 48 heures et novateur. Sans négliger de rallier tous les membres de l’équipe à ce projet. Wow! On tâtonne quelques heures, l’équipe d’organisateurs vigilante et bienveillante nous accompagne et nous aide à préciser notre projet. Deux metteurs en scène s’intéressent à notre cabane et collaborent avec une grande générosité et beaucoup de talent.

Samedi matin, la cabane du berger est devenue une machine à contes et tous les membres de l’équipe se sont mobilisés. Pendant qu’Alexandre et Fabienne fabriquent, Pierre conçoit les interfaces graphiques, Thomas code, Xavier cherche des sons, Anne tourne des images, Charlotte et moi écrivons le conte et Marie nous facilite la vie. Quelques heures plus tard, j’ai l’impression de connaitre notre petite tribu depuis toujours!

Dimanche, les visiteurs arrivent en grand nombre dans la salle d’exposition où est installée la machine à conte. Thomas a chaud, il programme encore. Quelle persévérance! On fait des tests de son, on se prépare pour un plan B. Ça fonctionne enfin! Je me lance (avec mon accent!) : « Bienvenue dans la machine à conte! Installez-vous et choisissez votre histoire ». Et là, la magie opère, petits et grands se posent, s’arrêtent de bouger et écoutent l’histoire de Jean de l’ours.

Je n’oserais pas prétendre que nous avons inventé quelque chose de totalement nouveau. Il existe sans doute quelque part des modules interactifs semblables à notre machine à contes pour donner accès de façon ludique et animée à un contenu. Mais, en trois jours, nous avons fabriqué un prototype fonctionnel avec les « moyens du bord ». Ça pour moi, c’est un exploit!

Quant à cette idée de faire travailler des professionnels d’horizon différents sur un projet, c’est une manière de faire que nous adoptons souvent dans mon musée. La nouveauté, le caractère expérimental et novateur du Muséomix, pour moi, se trouve ailleurs. D’abord, en temps normal, j’aurais développé un tel dispositif interactif avec une équipe que j’aurais recruté moi-même. Ensuite, les rôles de chacun auraient été clairement définis dès le début. Enfin, nous aurions mis plusieurs mois à développer l’idée et à la réaliser.

En ce sens, Muséomix est d’abord et avant tout un formidable terrain d’expérimentation du travail en équipe. L’obligation de travailler vite, avec des gens qu’on ne connaissait pas hier, déstabilise. C’est notre capacité d’adaptation à ces conditions extrêmes qui est mise à l’épreuve. Sortir de sa zone de confort, être confronté à des idées et des personnalités variées et parfois contradictoires, lâcher prise, favoriser le consensus, prendre de véritables décisions d’équipe. L’apprentissage se situe là, dans ces petits gestes et ces postures nouvelles.

Je reprends le chemin du Québec forte de ce bagage. J’ai vécu une expérience hors du commun et hors de l’espace-temps habituel. Un moment court et intense que je ne suis pas près d’oublier! Je remercie Yves-Armel, Christophe, Juliette et tous les autres membres de cette équipe passionnée qui ont rendu possible le Muséomix à Grenoble. Et à mon équipe, je dis bravo et bienvenue chez nous!

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