OMOH SAPI3NS

Un jeu de pistes à travers la galerie de zoologie du Muséum d'Histoire Naturelle

Un rapace qui vous épie constamment, un cœlacanthe aux capacités auditives hors du commun, des rats voleurs d’ipad… OMOH SAPI3NS vous embarque dans un jeu de piste à la découverte du « musée-homme ». Une visite inversée ou l’observateur et l’observé ne sont plus ceux que l’on croit.

Le parcours démarre dans la grande galerie de zoologie au pied d’une vitrine où le visiteur voit une image qui bouge en temps réel Sur cette vitrine est apposé un cartel d’exposition, mais affiché côté intérieur, à destination des animaux, avec un pictogramme Muséomix . En s’approchant, le visiteur se rend compte que cette image est la sienne, vue de dos, avec une curieuse déformation focale. « Tiens! Ah mais c’est moi ! ».

Il se retourne et voit le même pictogramme et le même cartel dans la direction d’où il est filmé. Il aperçoit un aigle et un émeu derrière le cartel.

teaser

 

En s’approchant du second dispositif, il entend une discussion qui émane de  la vitrine « Tiens regarde ! Un humain ! Ah dis donc il a une drôle de tête, il a une espèce de touffe sur la tête… Ah c’est bizarre !… » Les deux specimens commentent ainsi cette visite impromptue et finissent par renvoyer le visiteur à un autre animal de la galerie : le coelacanthe..

De la troisième vitrine émane un son des profondeurs… Le visiteur est plongé dans l’environnement du Coelacanthe, ce poisson qu’on croyait disparu. Avec un peu d’attention il découvrira qu’il s’agit du bruit ambiant du musée à travers le prisme aquatique. En s’approchant du Coelacanthe, le visiteur entend un monologue désabusé de l’animal, fatigué des clichés qui courent sur son compte. Il est ensuite invité à visiter une autre installation.

Quatrième vitrine : des rongeurs regardent un écran vidéo. Ils observent une déambulation à travers un marché de Nantes, qui évoque l’évolution du régime d’homo sapiens, d’une alimentation végétale à une alimentation carnée.

Au centre de la galerie de zoologie  : une installation indépendante. Un squelette humain assis sur une chaise : Homo sapiens, avec son cartel. Extrait :

« L’Homo sapiens, anciennement Homo sapiens sapiens, est un mammifère bipède, de l’ordre primate. Cette espèce invasive se retrouve sur la plupart des régions du globe. Malgré son absence totale de fourrure naturelle et la grande fragilité de ses griffes, elle parvient à s’adapter aux environnements extrêmes. Les capacités physiques du sapiens sont plutôt moyennes à l’échelle globale et l’obligent à la plupart du temps à se fabriquer des outils pour interagir avec son environnement.  »

Le parcours ainsi décrit suit une logique préétablie, mais le visiteur peut initier son parcours à n’importe quel point, chacune des installations étant identifiée par un cartel en plexiglas rose translucide, dont le texte se trouve dans le sens de lecture des animaux présents dans les vitrines.

 

Tout est parti d’un serpent à sonnette. L’un de nous, lors de sa visite du vivarium du musée, a brusquement sursauté en entrant dans la salle après qu’un son de crécelle se fut manifesté dans son dos. Emi par un crotale dérangé dans son sommeil par des vibrations humaines, ce son a donné un point de départ à l’équipe : la perception de l’homme par l’animal.

Mais, tel le trajet du serpent sur une plaine d’Arizona, la ligne droite est rarement la voie empruntée par le muséomixeur. Nous avons donc vagabondé sur tout un tas d’idées. Parmi elles : proposer une immersion avec un casque de réalité virtuelle, dans la peau d’un animal. Après quelques mots clés entrés dans un moteur de recherche, une floppée de petites vidéo reproduisant grosso modo cette expérience (sans la 3D) nous est apparue. « Ok donc on va mettre machintube dans un occulus-chose, en gros »… Silence de la foule en consternation. On remballe la bonne idée.

Et si on on montrait le visiteur dans le regard de l’animal ?

L’Histoire ne retiendra pas qui a eu cet éclair d’illumination – car à Muséomix, les idées fusent tellement vite et tout le monde parle tellement en même temps qu’il est impossible de se rappeler qui a eu l’idée de quoi, en tout cas c’est comme ça que ça s’est passé dans l’équipe des Crapins (oui il y avait aussi des surnoms ridicules à Muséomix Nantes, je vous laisse retrouver de quoi est composé cet animal chimérique, muséum oblige). Illumination donc, car à partir de là le programme s’est présenté assez clairement à nos yeux : proposer un parcours de la galerie de zoologie sur le principe de l’inversion, le visiteur devenant épié, écouté, pour se retrouver dans la position de l’animal « visité ».

Dès lors, tout ne fut plus qu’harmonie et joie galères techniques et manque de sommeil. Un énorme boulot côté technique sur la manière de parvenir à capter de l’image, du son, les déporter de vitrine à vitrine en fonction du matériel dispo et sans mettre de câbles partout. Quelques heures passées à écrire, disposer, électrifier, suspendre, découper…  Et le muséum jouant le jeu à fond sur la scénographie : « On voudrait retourner tous les rongeurs de la vitrine pour qu’ils regardent la télé c’est possible ? _ ça prend environ 2 heures et il faut refaire le soclage mais pas de problème ! »

Vous l’aurez compris, à Muséomix le « comment » est aussi important que le « quoi ». Aussi le processus de décision peut s’avérer crucial pour la bonne ou mauvaise entente de l’équipe. Et globalement, côté crapins (notre sobriquet ridicule cf 2 paragraphes plus haut), on s’en est bien sortis. Grace à notre facilitateur. Et parce que nous avons choisi d’être plutôt collégiaux sur les concepts d’installation, chacun acceptant d’abandonner une idée si la majorité était contre. Côté réalisation, nous avons pu avancer en confiance, avançant souvent en binômes sur une tache et sans chasse-gardée particulière.

 

 

  • Ecran de télévision pour afficher l’image du visiteur pris de dos
  • Iphone pour la prise de vue en temps réel du visiteur et streaming vers la télé via un routeur et une Apple TV
  • Iphone pour la prise de son en temps réel des visiteurs et streaming vers la douche sonore via routeur
  • Ipad pour diffusion des boucles sonores
  • Ipad pour la diffusion du documentaire
  • Douches sonores pour diffusion du son, cablage acier pour la suspension des douches
  • Plexiglas pour les cartels d’exposition avec découpe laser
  • Spot à LED pour l’éclairage en rose de la vitrine de l’aigle (LED obligatoires pour éviter une diffusion de chaleur vers es animaux empaillés)
  • Comédiens pour les dialogues des animaux, micro bidirectionnel pour les enregistrer
  • Documentaire rats : caméra et logiciel de montage
  • Bois, perceuse, peinture blanche pour support des rats
  • Pas mal de cables électriques pour amener du courant dans les vitrines
  • … et une google cardboard… dont nous n’avons finalement utilisé que le carton !

Le fait d’avoir volontairement retourné les cartels pour les placer du point de vue des animaux peut déstabiliser certains visiteurs qui chercheraient à les lire à l’envers sans y parvenir. En tous cas c’est un feedback que nous avons reçu. Peut-être pourrait-on prévoir un système de miroir en arrière plan qui permette de lire.

Mais le principal souci du prototype réalisé réside dans la diffusion sonore : les douches étaient insuffisamment amplifiées pour des téléphones et tablettes. Dans un contexte d’affluence du musée le son était difficilement audible. Il nous a manqué… des câbles audio.

Pour pousser le prototype plus loin : l’installation du poisson qui « écoute » les visiteurs pourrait capter du son au niveau des autres vitrines plutot que l’ambiance générale du musée (plusieurs micros nécessaires et restituer au visiteur des commentaires que font d’autres visiteurs placés vers d’autre vitrines.

Toute l’équipe : conception, fabrication, écriture, découpage, branchements électrique.

Mais comme personne n’est parfait…

Luise Cunin : fâcheuse tendance à imaginer la mise en espace, trouver les bons matériaux, bref, à scénographier

Gauthier Michelin : scandaleuse propension à trouver des solutions à tout, en particulier s’il y a besoin de code pour ça

Edgar Pansu : désolante manie de tordre les mots et les tweets (le « musée-homme » c’est lui, pardonnez-le)

Sandrine Rodrigues : irrépressible instinct pour challenger le pitch parce que bon, « les musées, c’est vraiment chiant »

Raphaël Schilacci : penchant déviant pour pour les logiciels de graphisme et le montage vidéo en un éclair

Benoit Evellin : inclination pathologique pour la cohésion de groupe et la maïeutique de projet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

d1647e489c47847cd0d6c9c3dfa8f780JJJJJJJJJJJJJJJJJJJJ