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Un bureau, imposant, dans une salle des Arts Décoratifs. Une esthétique paquebot. Silence. Indifférence. On ouvre la radio, on tourne la manivelle. Le flux de la vie déferle. L'entre-deux-guerres, entre euphorie et incertitude, happe le visiteur devenu acteur de ce voyage dans le temps.

Scénario utilisateur

Paul et son fils Arthur, 14 ans, viennent visiter Paris. Tout en haut de leur liste de visites, figure le musée des Arts décoratifs. Ils arpentent les salles du musée à grands pas, dissertant à loisir sur les mobiliers d’époque. Arrivés dans la section Art déco, Paul n’est pas emballé par le mobilier « moderne », ça lui cause pas. Il passe, indifférent, devant un grand bureau prétentieux et hostile puis sursaute : Arthur a touché à un bouton. Des voix, des images, de la musique. Le bureau s’anime. Tous les deux se mettent à activer le dispositif. Les voilà plongés dans la vie d’une grande agence d’architecture du Paris des années folles.

Notre équipe fera exploser l’univers de Michel Roux-Spitz celui qui, rigoureux, disait :

« Seule importe la sincérité d’exécution : rien qui n’ait sa raison d’être, son rôle à tenir, tout le reste est caduc … »

Paul et Arthur seront invités à actionner une manivelle déclenchant deux vidéoprojecteurs sur lesquels apparaîtront alors ce qui se joue à la fenêtre de Paris, le monde ouvrier, mécanique, où la figure du patron s’impose comme dans Les Temps modernes de Charlie Chaplin. Et même, les fantasmes spéculatifs de Michel Roux-Spitz : Mistinguett chantera gaiement, Joséphine Baker lui sussurrera à l’oreille J’ai deux amours. Dans le même moment, ils pourront tourner le gros bouton d’une radio type années 30 qui enclenchera alors les voix de grands écrivains de l’époque, La Séquestrée de Poitiers d’André Gide, Le temps retrouvé de Marcel Proust et même la littérature érotique d’Aragon. Jean Sablon résonnera dans le poste. Une publicité proposera aux dames de se parfumer à Gavilla, avant d’aller au théâtre : la speakerine annoncera la première de La voix humaine de Jean Cocteau à  la Comédie-Française. Le visiteur poussera le bouton un peu plus loin et découvrira la vie du bureau, les modes de travail au sein du cabinet, la perception de l’architecture et de l’art de Roux-Spitz. Bref, l’intimité de cet architecte peu connu du grand public, agrémenté de bruit de tiroirs, chuchotements, ouverture d’une bouteille de wisky, sons d’ambiance. Par  le biais d’expériences sensitives, le visiteur sera invité à plonger dans le cadre de travail de Roux-Spitz et dans l’univers des années30.

Objectifs

Paris 1930_ bureau de l’architecte Michel Roux-Spitz. Activez, appuyez, enclenchez, choisissez et immergez-vous dans les secrets de son agence. Imaginez les fantasmes de l’architecte, Joséphine Baker, le parfum de Mistinguett. Réglez la radio, tournez la manivelle et découvrez ce qui se joue à la fenêtre du Paris de l’entre-deux-guerres, l’univers ouvrier, mécanique, le monde social et politique, regardez des films d’époque, écoutez des airs de charleston, de jazz, un texte de Marcel Proust, un autre de Louis Aragon. Laissez-vous porter par ces expériences sensitives et remontez le temps.

Description du prototype :
Une radio type années 1930 permettant de contrôler des sons (publicités, textes littéraires, musiques, discours politique, monologue de l’architecte). Une boîte munie d’une manivelle qui, une fois actionnée, déclenche la diffusion d’images en mouvement (extraits de films muets et de spectacles d’arts vivants, images d’archives).

Des indices d’exploration sur les différents dispositifs :

Notre prototype propose réellement au visiteur d’entrer en interaction, physique et intellectuelle, avec l’oeuvre. Réalisable seul, cette expérience développe tout son potentiel à travers la participation synchrone de plusieurs visiteurs : l’un peut tourner la manivelle, l’autre peut activer le bouton de la radio.

Nous souhaitons intégrer tous les types de public, en mettant notamment l’accent sur le grand public. Nous imaginons que les enfants puissent, eux-aussi, entrer en contact avec l’oeuvre, et manipuler les dispositifs mis en place. Ce meuble imposant peut paraître impressionnant. Pour d’autres, il vide la pièce. Dès lors, comment donner corps à ce bureau d’architecte ? Comment le plonger dans une ambiance plus folle, tout en le mettant en valeur ? Et tout en conservant l’aura du patron de l’agence qui plane au-dessus du bureau ?

Outils et techniques

Matériel physique

  • 2 vidéoprojecteurs
  • 2 haut-parleurs
  • 2 dispositifs d’interaction mécaniques (radio et manivelle)
  • 2 potentiomètres
  • 1 Arduino UNO
  • 1 unité centrale

Technologies utilisées

  • Logiciels Processing et Resolume (version libre)
  • Garage band

Méthodologie 

  • Pour la radio

– programmation du système de diffusion
– recherches des fond sonores
– rédaction de textes
– enregistrement des voix et bruitages
– montage sonore
– paramétrage/installation

  •  Pour les vidéos

– recherche de vidéos
– montage vidéo

Le son et les images sources

NB : Les montages audiovisuels ont été réalisés à partir des sources suivantes dans le cadre, notamment, du droit de courte citation du Code de la propriété intellectuelle.
  • Extraits et sources utilisés pour le prototype : 

1. Sur Michel Roux-Spitz
Marie Dormoy, Souvenirs et portraits d’amis, Paris, Mercure de France, 1963
Armand Pierhal, Un architecte décorateur, Michel Roux-Spitz, L’art vivant, 1932
Michel Raynaud (dir.), Didier Laroque, Sylvie Rémy, Michel Roux-Spitz architecte 1888 – 1957, Bruxelles : éd. Mardaga, 1984
Michel Roux-Spitz, Réalisations, vol. 1, 1924-1932, éd. Vincent Fréal et Cie, préface de Jean Porcher
Michel Roux-Spitz, « La création projetée d’un Ordre des Architectes », L’Architecte, janvier 1927
Michel Roux-Spitz, « Contre le nouveau Formalisme », n° 3, avril 1932

2. Extraits littéraires
René Char, Paul Éluard et André Breton, Ralentir travaux, 1930
André Gide, La Séquestrée de Poitiers (chronique judiciaire), 1930
Marcel Proust, Le temps retrouvé, 1927
Albert de Routisie (Aragon), Le Con d’Irène, 1927
3. Chansons
Joséphine Baker, « J’ai deux amours », 1930
Mistinguett, « Ça c’est Paris », 1928
Jean Sablon, « J’attendrai», années 1930
4. Films
Charlie Chaplin, Le Dictateur, 1940
Charlie Chaplin, Les Temps modernes, 1936
Fritz Lang, M le Maudit, 1931
Fritz Lang, Metropolis, 1927
Images animées de bâtiments dessinés par Michel Roux-Spitz.
5. Vidéos de danse
Joséphine Baker, danse charleston, 1925 ; La revue des revues, 1927 ; Banana Dance, 1928 ; la revue Paris qui remue, Casino de Paris, 1930
Maurice Chevalier
Max Déry
Mistinguett
Cécile Sorel
  • Sources non incluses dans le prototype, mais faisant partie intégrante de la documentation : 
1. Extraits littéraires 
Jean Cocteau, La voix humaine, 1927
Ernest Hemingway, 50000 dollars, 1928
2. Chansons
Maurice Chevalier, « Parade d’amour », 1930
Firzel, « Ô ma Rose-Marie ! », 1928
Malloire, « Quand l’amour meurt »,1931
Mistinguett, « C’est vrai », 1933
Mistinguett, « Chantez », 1936
Jean Wiener et Clement Doucet , « Bye bye blackbird», 1927
3. Films
Marcel L’Herbier, L’Inhumaine, 1924
4. Théâtre
Louis Gasnier,  Auguste Topaze, humble professeur, 1932
5. Divers
Enregistrement de La voix humaine de Jean Cocteau par Simone Signoret, 1964
Timbre émis à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris, 1924, Ph. O.Ploton © Archives Larousse
Les athlètes finlandais Ville Ritola (en tête), Paavo Nurmi (au centre) et le Suédois Edvin Vide, lors de la finale du 10000 m des jeux Olympiques de Paris en 1924, Ph. © Allsport / Vandystadt

Expérience

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Dimanche matin, dernier jour, l’idée de confectionner un livre d’or nous a été soufflée par notre facilitateur. Comment détourner dès lors le format peu moderne de ce type de livre ? Comment donner envie aux visiteurs de laisser leur avis, leur trace, au sujet de notre invention ? Quelle forme pourrions-nous donner à ce livre pour le rattacher à l’oeuvre exposée  ?

L’idée d’un dessin d’architecte reproduisant le bureau de Michel Roux-Spitz nous a semblé être une bonne alternative et une forme assez alléchante pour le visiteur. Au départ, nous souhaitions travailler à partir de calque (d’architecte), permettant alors au visiteur de superposer ses mots à ceux d’un autre visiteur. Faute de temps, faute de matériaux, nous avons relié simplement des feuilles A4 représentant le schéma du bureau.

Aujourd’hui, c’est avec beaucoup de satisfaction que nous lisons les retours positifs des visiteurs ayant testé notre prototype.

Points forts, points faibles

Notre point fort aura été de déterminer d’emblée l’univers dans lequel nous souhaitions travailler, évoluer et développer notre projet. Dès la phase du lancement de flashs et d’idées le vendredi matin, la base de notre réflexion s’appuyait sur l’envie de créer une immersion sensorielle pour le visiteur. Mettre en sons et en images l’univers social, politique et culturel qui entourait le bureau de l’architecte parisien Michel Roux-Spitz dans l’entre-deux-guerres, ainsi que la vie de l’agence. Les heures passant, la manipulation d’objets caractéristiques des années 1930 – déclenchant alors pistes audio et vidéo, au choix de l’usager – est devenue notre cheval de bataille. Il fallait fabriquer, programmer, faire des recherches bibliographiques, et le bureau prendrait vie.

Possibilités d’amélioration du prototype 

Après le retour de la conservatrice du département, nous avons entendu le besoin d’ajouter des sources vidéo françaises et d’intégrer les images d’archives du bureau et de l’agence projetées habituellement sur le mur de droite. Un travail d’harmonisation des qualités graphiques de ces différentes sources permettrait de maintenir le niveau d’exigence qu’impose le bureau lui-même.
Aussi, afin de pérenniser ce prototype à plus long terme, nous compléterions les recherches visuelles et sonores sur les années folles et les années 30 afin d’alimenter au mieux notre propos.
D’autres pistes audiovisuelles pourraient ainsi être intégrées, certaines autres pourraient certainement être supprimées (par exemple le texte de Marcel Proust diffusé dans la radio : bien qu’il date de 1930, il rappelle une décennie plus ancienne, celle du Temps perdu…). Il était également prévu d’ajouter des sons d’ambiance (bruits de tiroirs – éléments fondamentaux du bureau -, de portes, de talons, …) au sein de la piste audio concernant la vie de l’agence. Nous proposerions également d’intégrer des images animées autour du cadre de travail de Michel Roux-Spitz.
Enfin, nous souhaiterions nous rapprocher de notre idée première qui était de projeter les films sur des rideaux blancs (3m x 1,2m environ) tendus derrière le siège de bureau, à la fenêtre et sur le côté gauche. Derrière le siège de bureau seraient alors été diffusés des films évoquant la figure du patron, du pouvoir, des absolutismes (sans assimilation primaire). A la fenêtre, des images de la ville en train de battre au cœur de Paris et au bord du monde (bâtiments, vie culturelle, vitesse, …). A gauche, des visuels du monde ouvrier et d´un univers mécaniste.

L'équipe

Lucie ALEXIS , profil Communication_ doctorante en Sciences de l’information et de la communication à Paris II.
Maud ALLERA, profil Contenu_ étudiante à l’Ecole du Louvre.
Barbara BAY, profil Contenu_ responsable du laboratoire d’innovation des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, La Fabrique de l’hospitalité.
David COCCIANTE, profil Graphisme et Développement_ étudiant en Master 2 à l’ESAG Penninghen en Direction Artistique en Art Graphique et Design Numérique.
Anne-Laure DESFLACHES, profil Fabrication_ designer, laboratoire d’innovation des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, La Fabrique de l’hospitalité.
Marion DI RODI, profil Design_ étudiante à l’ESAA Duperré.
Bertand LANTHIEZ, profil Graphisme et Développement_étudiant en Master 2 à l’ESAG Penninghen en Direction Artistique en Art Graphique et Design Numérique.
Corinne SAINTE-COLOMBE, profil Interaction et Usages_ médiatrice culturelle.
Susana SANCHEZ RESTREPO, profil Développement_ étudiante ingénieure en mécatronique à Escuela de Ingeniería de Antioquia (EIA) en Colombie ; en double diplôme à l’Ecole Nationale Supérieur d’Arts et Métiers (ENSAM) en France en Master Recherche Systèmes Avancés et Robotique (avec l’UPMC).

Pascal FARACCI, facilitateur_ Conservateur du patrimoine.